La bouseuse

La vie à la campagne pour les nuls
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La dernière gifle

  • 12 mars 2012 8 h 42 min

Quand j’avais quinze ans, ma mère m’a giflée pour la dernière fois.

On se disputait, dans la buanderie. Elle m’a giflé une première fois, ça n’a pas coupé court à la dispute, elle a levé la main à nouveau, et quelque chose en moi d’animal s’est révolté. J’ai repoussé sa main, qui est venue cogner sa mâchoire. Nous nous sommes regardés, interloquées, et nous avons fondu en larmes, et je me souviens que nous nous sommes prises dans les bras l’une de l’autre. Et puis, bouleversée, je me suis réfugiée dans ma chambre.

Quelques minutes plus tard, mon père et ma mère sont arrivés, hurlant. Mon père du doigt retroussait la lèvre de ma mère pour découvrir l’égratignure qu’elle avait à la mâchoire, me montrer ce que j’avais fait. Criant qu’ils ne seraient pas des parents battus, qu’ils ne me laisseraient pas faire.

Cela fait quinze ans que j’ai honte d’avoir frappé ma mère. Que quand le mot même de « honte » vient dans une conversation, je repense à cet épisode et je me racornis. Comment ai-je pu. Même si elle me giflait. Même si elle m’humiliait. Frapper ma mère.

Et puis ce matin, je me suis rendue compte que je n’avais jamais levé la main sur elle. Elle, si, et j’ai eu un geste de défense, sans volonté de faire mal, juste d’empêcher la gifle.

J’avais quinze ans et j’étais là, mais c’est le récit que mes parents ont fait que j’ai cru, et pas ce que j’avais vécu. J’avais quinze ans et depuis quinze ans je porte la honte d’avoir frappé ma mère, ce qui n’est pourtant jamais arrivé.

Je crois que je commence à comprendre Virgin Suicides.

 

(J’ai un travail monstre à faire, et je le fais, vis-à-vis de ma mère. Je me sens souvent mesquine, puérile, mauvaise, en colère. C’est difficile. Mais j’avance, je crois. Et accessoirement j’ouvre une nouvelle catégorie sur le sujet.)

Je lis et relis Jean Sur

  • 16 octobre 2011 10 h 08 min

 

Le secret du monde moderne est là : ceux qui le bâtissent et le dirigent le haïssent et se haïssent de le bâtir et de le diriger. Ils le construisent contre les autres parce qu’ils le construisent contre eux-mêmes. Ils n’ont pas honte d’en tirer profit : ils en tirent profit pour avoir honte. C’est pourquoi les protestations humanitaires, les indignations vertueuses, les interpellations moralisantes ne sont pas seulement inutiles : elles sont perverses. C’est du petit bois pour la haine de soi. Mais alors ? Alors, deux solutions. Ou bien vous parvenez à atteindre dans un champion de la modernité le cœur même de sa contradiction, c’est-à-dire, en quelque sorte, la salle des coffres symbolique de son esprit : cette effraction ne résout rien, mais elle a le mérite de dénuder le vrai problème et de disqualifier une fois pour toutes, aux yeux de votre interlocuteur et aux vôtres, les alibis foireux et les apitoiements baveux. En cela, elle est très utile. Elle suppose, il est vrai, une capacité d’amitié et d’indifférence dont tout le monde ne dispose pas tous les jours. Ou bien, calmement, tranquillement, vous laissez tomber, c’est-à-dire que vous mettez toute votre patience, toute votre intelligence, tout votre cœur à vous fabriquer une existence qui s’écarte autant qu’il est possible de la fumisterie mondialisée. Vous vivez alors comme en transit, parmi de nobles déceptions amoureuses et des amitiés sauvages. Vous êtes triste, un peu, mais vous vous décongelez, vos rêves sortent prudemment de prison.

 

Le site de Jean Sur.

 

« Je ne suis pas féministe, mais … »

  • 28 septembre 2011 8 h 09 min

Cette phrase me donne envie de mordre (et pas comme tu aimerais).

Être féministe, c’est croire qu’hommes et femmes devraient naître égaux en droits, et éventuellement se battre pour.

Quand tu dis « Je ne suis pas féministe, mais », tu dis « Je crois que la femme est inférieure à l’homme, mais » . (Pas juste différente, non, inférieure. J’insiste.)

Tout de suite, c’est moins classe, non ? Ça sent moins la fille libérée-mais-qui-aime-les-hommes-pas prise-de-tête, et plus l’imbécilité, tu ne trouves pas ?

Quand j’étais jeune (au lycée), je n’aimais pas le mot féministe, je disais « égalitiste ». Aujourd’hui j’entends pas mal de gens dire « Je ne suis pas féministe, je suis humaniste ».

Ok. Sauf qu’aujourd’hui, même en France, les femmes sont traitées comme inférieures aux hommes. Donc c’est bien, en priorité, les droits des femmes qu’il faut défendre pour arriver à l’égalité entre hommes et femmes. D’ailleurs, la plupart des courants féministes défendent ponctuellement ou systématiquement les droits des hommes (contre les pubs qui transforment les hommes en objets sexuels, pour le congé paternel …). Donc se dire humaniste, égalitiste ou autre, pourquoi pas : mais du coup, on est aussi féministe.

Soit dit entre parenthèses : il est vrai que nous ne sommes pas les plus à plaindre au monde, nous les femmes françaises, nous dit-on régulièrement comme si le fait que d’autres en chient davantage devrait nous inciter à accepter notre sort plutôt qu’à chercher l’égalité chez nous. (Faudra au passage m’expliquer en quoi ça aide les femmes afghanes que je me la boucle sur ce qui se passe ici).

Lire, suite à la campagne « Mademoiselle : la case en trop », par des gens que j’aime bien en plus, « les féministes sont folles », « les féministes sont connes », « les féministes sont les ennemies de la femme », ça me donne envie de frapper.  (Je ne parle pas de la campagne, qui me laisse assez indifférente, et je me fiche un peu de la case en question (qui ne devrait pas exister, légalement), donc j’en cause peu. Mais les réactions …) (Si tu veux tu peux lire Crêpe Georgette sur le sujet)

« LA féministe » n’existe pas. Il y a plein de courants différents, mettre tous les féministes dans le même panier est absurde (ou de mauvaise foi).

Le seul point commun de tous les féministes, c’est de croire que femmes et hommes sont égaux. Ouh les folles (et les fous), les connes (et les cons) … (et oui, il y a des hommes féministes).

Les mots ont un sens.

J’ai pas de conclusion, fais-la toi-même.