Elève contre matraque : mais que fait la police ?
Ce matin, une matraque s’est levée devant moi, pour menacer un élève.
Un élève qui avec une douzaine d’autres bloquait le lycée, empêchant élèves et enseignants de passer, dans le calme.
Je suis contre le blocus, globalement. Mais je n’ai pas à dire aux élèves quoi faire. Ils ne m’ont pas demandé mon avis, je leur ai simplement donné une information : ils sont dans l’illégalité. Ils le savent, ils désobéissent.
Nous sommes une dizaine de profs qui attendons pour passer. Nous avons fait la grève les jours précédents, aujourd’hui, par prudence, on souhaite rentrer. On attend, dans le froid, on balance nos jambes d’un pied sur l’autre. On attend quoi au juste ? On sait que dans une heure ou deux, les élèves commenceront leurs vacances, que leur blocage aujourd’hui est symbolique. Le chef d’établissement s’impatiente, passe des coups de fils.
Une voiture de flics se gare, personne ne sort, le moteur tourne. Ils sont quatre, plus réchauffés que nous sans doute.
Une heure plus tard, une seconde voiture arrive, fait un demi-tour musclé. Quatres policiers en uniforme descendent, les matraques à la main. L’un deux joue à la cogner sur sa paume.
Ils se ruent sur les élèves, sans un mot, les poussent. Les élèves, surpris, résistent, mais un accès se dégage. Le chef d’établissement presse les enseignants d’y passer. Un élève est bousculé davantage que les autres, giflé au col. Une matraque se lève.
J’ai souvent lu des articles sur des violences, ou des provocations policières. Je me suis parfois demandée ce que je ferais dans ces cas-là. Dans mon for intérieur, je supposais que je maudirais en silence ceux qui abusent de leur pouvoir, sans oser bouger. Je ne suis pas une héroïne et j’ai bien des lâchetés ordinaires.
Mais là, avant d’y avoir réfléchi, je me suis élancée vers les élèves, vers les flics. Une matraque contre mon ventre a stoppé ma course sans me faire mal. « Arrêtez-vous Mademoiselle » « Mais enfin, vous n’allez pas frapper un élève ? »
Le chef d’établissement me regarde « Vous passez ou pas ? ». Je n’ai pas quitté le policier des yeux. « Je passe, mais je suis témoin ». Bien piètre témoin, je ne sais pas s’ils sont quatre ou cinq, j’ai les jambes qui tremblent, mais ma voix est ferme. Derrière le portail, je regarde. Les élèves, choqués, protestent, le commandant répond « droit du travail ». Ne restent que deux collègues, qui disent aussi qu’ils sont témoins. Nous allons informer les autres.
Des élèves non grévistes nous rapportent qu’ils pensent rejoindre le mouvement. Après avoir vu ça, ils n’ont pas envie d’être dans l’autre camp, celui qui frappe …
Et moi ? J’ai le dos en miettes, le cerveau aussi. J’ai tremblé toute la matinée, pourtant je sais que ce qui s’est passé ce matin n’est rien, rien par rapport à tout ce dont je n’ai pas été témoin, et qui se passe actuellement, en République française. Je suis à bout, je ne peux pas me réchauffer, me calmer. J’ai hurlé sur une collègue, employant un vocabulaire que personne ne me connaissait ici.
J’ai mal à ma naïveté.
Engrais verts