Souviens-toi de ce moment
Souviens-toi de ce moment.
La sieste dans la pénombre de l’après-midi de cette fin d’automne, le réveil, les caresses ; et puis juste à côté, dans son hamac, l’enfant qui s’agite.
Tu t’es redressée, puis inclinée sur le berceau. Tu as installé l’enfant entre vous, peau tendre contre peau tendre, elle s’est rendormie, paisible et parfaite.
Souviens-toi fort de la tendresse qui inondait la pièce, de cette impression de vivre un moment qui cristallisait le bonheur de ta vie, du visage de ton amour, du visage de l’enfant.
L’allaitement n’est pas un long fleuve tranquille
… en tous cas pas pour moi.
Je ne partais pas en le croyant, cela dit. J’avais lu, sur le sujet, de chouettes bouquins, et beaucoup de témoignages, notamment sur le blog de Maman sur Terre. Il me semblait être outillée pour les difficultés de l’allaitement, en tout cas les aborder en connaissance de cause.
Et puis finalement, la difficulté est apparue là où je ne l’attendais pas.
Mon corps produit du lait, il réagit au moindre vagissement de la belette en faisant perler quelques gouttes. Je n’ai pas de douleurs, pas de crevasses.
C’est la belette qui ne tête pas. Elle est devant mes seins comme une poule devant un couteau. Elle a vaguement essayé de téter, quelques jours, elle n’arrivait qu’à me faire des suçons, malgré l’aide de la maternité. On a tenté les bouts de seins, un mieux certain sur le moment (nous avons vécu une poignée de têtées magnifiques, quel bonheur), mais la belette continuait à prendre trop peu, trop peu souvent, à s’épuiser sur le sein, à perdre du poids, et finalement à se déshydrater.
En désespoir de cause, au soir de son dixième jour de vie terrestre, alors qu’elle n’avait pas bu depuis le midi, qu’on n’arrivait pas à la réveiller, ni même à lui faire prendre un peu de lait tiré à la seringue ; alors qu’on était à deux doigts de l’emmener aux urgences, on lui a donné un biberon de lait artificiel.
Nous avons bien fait, personne ne me convaincra du contraire (et même la dame de la Leche League en convient, je connaissais leur réputation de compétence mais aussi de radicalité, et je suis tombé sur quelqu’un toute écoute et compréhension). La belette était en danger, et nous avons réagi en parents.
Depuis, la belette est au biberon. On nous a conseillé un DAL, que Snana (soit-elle couverte de gloire et de douceur ainsi que ses descendants sur dix-huit générations) a eu la gentillesse de nous envoyer et que nous avons reçu aujourd’hui. Dans l’intervalle, j’ai tiré mon lait (3/4 d’h toutes les 3 h, jour et nuit) et nous avons complété avec du lait artificiel, au biberon. L’important était d’abord que la belette retrouve des forces (ce qu’elle fait), et les tétées étaient toujours aussi laborieuses, et douloureuses – émotionnellement – pour moi.
Le DAL, testé aujourd’hui, ne fait pas (encore) de miracle. La belette ne sait toujours pas quoi faire devant mon sein – la dame de LLL nous recommande d’essayer avec les bouts de sein, nous verrons demain – mais elle n’a pas perdu le réflexe de succion puisqu’elle a pris ses deux dernières tétées au doigt (grâce au DAL).
Je suis absolument épuisée et j’ai l’impression de ne pas profiter de mon enfant – et du Chapeauté. Et pourtant je n’arrive pas à renoncer à l’allaitement maternel.
Dans la situation actuelle, nous cumulons les inconvénients de l’allaitement maternel et de l’allaitement artificiel. Il y a bien des choses qui ne dépendent que de moi (tirer mon lait, donner le sein) et des tétées fréquentes et longues comme pour un allaitement maternel ; mais il y a aussi de la vaisselle en quantité, l’achat de lait en poudre et des régurgis impressionants dus à l’allaitement artificiel.
Et pourtant je n’arrive pas à renoncer à l’allaitement maternel.
Objectivement ce serait pourtant plus simple : les biberons sont plus rapides à préparer et à donner, ils profitent à la belette, son père aime les donner, nous pourrions dormir davantage et être plus disponibles pour les périodes d’éveil de la belette et l’un pour l’autre. Sans compter que je passerais sans doute moins de temps à pleurer que ce soit si dur une fois que j’aurais renoncé un bon coup, et que tout le monde en profiterait.
Et pourtant je n’arrive pas à renoncer à l’allaitement maternel.
Et puis mes arguments rationnels en faveur de l’allaitement maternel perdent du poids au fur et à mesure des difficultés. J’en aimais le côté pratique, nous voilà dans un système chiant et chronophage au possible. Je suis persuadée qu’au niveau de la santé, c’est (un peu) mieux que le lat artificiel pour l’enfant ; mais cette gamine, je lui ai donné un bon peu de mes gênes de jamais-malade, et je lui transmettrai sans doute un jour l’hygiène (douteuse) qui m’a valu ce système immunitaire de folie. Et si j’ai une envie profonde de connaître la relation profonde que l’allaitement contribue à construire entre l’enfant et sa mère, je suis persuadée qu’on peut donner aussi des biberons plein d’amour.
Et pourtant … vous avez compris.
En attendant qu’un déclic se fasse, dans un sens ou lautre, nous avons rendez-vous chez l’ostéo et le pédiatre la semaine prochaine et la suivante, la sage-femme vient nous voir vendredi, la dame de LLL me rappelle demain, nous tenterons le combo DAL et bouts de sein dès demain matin (cette nuit ce sera DAL au doigt), le Chapeauté va harceler les pharmacies en quête d’un tire-lait de location qui permette une opération plus rapide et moins enchaînante, la belette est toujours dans mes bras ou dans ceux de son père, on lui explique tout le foutu boxon, et moi je vais essayer de ne pas perdre de vue que notre belette va bien, prend du poids, sait qu’on l’aime.
Merci mille fois pour tous les cadeaux que nous recevons tous les jours (sauf le dimanche) pour célébrer la naissance de la belette. Dans ces temps un peu difficiles, cela fait un bien fou !
Notre projet de naissance
Le Chapeauté et moi avons rédigé notre projet de naissance. Très grossièrement, celui-ci consiste en une lettre adressée à l’équipe médicale qui va nous accueillir lors de mon accouchement, et qui récapitule ce qui est important pour nous. Sa rédaction n’a rien d’obligatoire (et selon les équipes elle est plus ou moins bienvenue.) C’est un outil pour que les soignants nous connaissent un peu mieux (puisque ceux qui nous accueilleront ne seront pas forcément ceux que nous avons déjà vus) et une base de dialogue. Sa lecture n’engage pas l’équipe à suivre nos souhaits (ce n’est pas un contrat de soins), mais elle lui permet de les connaître.
Pour plus d’informations (plus nombreuses et plus précises, ce que je dis est assez approximatif), je vous renvoie à ce site.
Nous allons remettre cette lettre à l’équipe dans la semaine, soit deux mois avant la date prévue de mon accouchement. Cela peut paraître un peu tardif, en fait nous suivons ici les conseils des sages-femmes rencontrées à l’hôpital, qui soulignent que ce projet se mûrit tout au long de la grossesse (et peut évoluer encore, jusqu’au bout). Elle sera ensuite agrafée à mon dossier. Comme je l’écrivais à mon amie Petit Poison (qui parle autour de la parentalité sur son autre blog), cette lettre ne marque pas pour nous le début du dialogue avec l’équipe médicale, mais plutôt une étape de (pré)finalisation.
Ce que nous voulions et ce que nous voulions éviter, les très grandes lignes, nous l’avions en tête depuis le début. Et cela a conditionné notre choix d’hôpital (une fois qu’on a renoncé à l’AAD) en allant même contre nos convictions politiques (on s’est détourné de l’hôpital le plus proche et le plus menacé alors que ce serait une cata qu’il ferme. Oui mais … taux de déclenchement et autres joyeusetés très élevé). Ensuite, on a parlé dès le début (à « l’entretien du 4e mois ») de ce projet de naissance avec l’équipe. On est « tombés de haut à l’envers », je pense après mini-enquête que cette maternité est relativement exceptionnelle, nos souhaits entraient dans sa ligne habituelle.
Si on avait senti une très forte réticence à nos « fondamentaux » (déambulation libre, choix de position, peau à peau, allaitement, non-séparation …), je pense qu’on aurait changé de crèmerie, quitte à aller plus loin. En effet, quel que soit le projet de naissance, je pense qu’il est plus efficace d’aller quelque part où la philosophie (ou les habitudes) correspond à nos attentes. En gros (métaphore sur mesure), si tu veux manger végétarien, tu évites d’aller à un resto de grillades. C’est pas impossible qu’ils te servent des légumes grillés avec des frites et le sourire mais c’est quand même risqué. Ça paraît très consumériste et un peu cynique ce que je dis, mais je pense qu’il faut jouer la carte de la sécurité, c’est-à-dire des habitudes de l’hôpital, en plus du dialogue. Bien sûr ce n’est pas toujours possible et c’est pour cela aussi qu’il est important que les parents fassent connaître leurs demandes partout.
Voici donc notre projet de naissance. Vos retours (non tellement sur le fond, qui nous correspond, mais sur la forme, le ton que nous employons pour nous adresser aux soignants) nous intéressent particulièrement !
Zelda
DPA 2 décembre 2011
Mesdames, Messieurs,
Merci de nous avoir accompagné tout au long de cette grossesse et de le faire encore pour l’accouchement. Nous avons choisi la maternité de XXX et nous avons senti une réelle écoute de la part des soignants à chacune de nos rencontres. Nous souhaitons lors de l’accouchement rester des interlocuteurs, et ce projet de naissance nous a paru un bon outil pour continuer ce dialogue.
De manière générale
Nous espérons que cet accouchement se déroulera physiologiquement, avec le moins d’interventions possibles. Si une intervention vous paraît nécessaire, nous voudrions qu’elle nous soit expliquée avant de la pratiquer (sauf en cas d’urgence vitale).
Nous serions heureux de bénéficier des conseils d’une sage-femme.
Mon mari N. et moi souhaitons être ensemble à chaque étape de l’accouchement.
Nous aimerions bénéficier de la salle nature si c’est possible. Dans le cas contraire, nous voudrions créer une ambiance proche (lumière tamisée, musique, calme, nombre d’intervenants réduit,
pas d’étudiant).
Pendant le travail
Je ne souhaite pas de perfusion systématique et notamment pas d’ocytonine.
Je souhaite avoir la possibilité de déambuler librement, de choisir les positions qui me soulagent, et pratiquer avec mon mari les principes de l’haptonomie.
Je souhaite que le monitoring soit ponctuel.
Je souhaite être libre de boire.
Je souhaite essayer d’accoucher sans péridurale.
Je souhaite que la poche des eaux ne soit pas percée artificiellement.
Lors de la naissance
Je souhaite qu’on ne m’appuie pas sur le ventre.
J’aimerais que l’épisiotomie soit évitée. Je préfère risquer une déchirure légère.
Nous aimerions que le cordon ne soit clampé et coupé que lorsqu’il a cessé de battre, et que la délivrance du placenta soit naturelle.
Si une césarienne s’avère indispensable, je souhaite une anesthésie locale. Nous savons que dans ce cas, la présence du père n’est pas possible selon le fonctionnement de l’hôpital, nous souhaitons dès lors qu’il soit informé et puisse nous rejoindre dès que possible.
Notre enfant nous sera présenté dès que possible. J’aimerais que même en cas de césarienne, on pose notre enfant sur mon torse dès sa sortie afin de se rapprocher le plus possible d’un accouchement par voie basse.
Si après l’accouchement, je ne suis pas en mesure d’accueillir notre bébé, nous souhaitons que le père soit le premier à prendre contact avec l’enfant et puisse pratiquer le peau à peau.
Après la naissance
Je souhaite garder le bébé en peau à peau le plus longtemps possible, au moins jusqu’à la première tétée, et que les séparations soient les plus brèves possibles.
Le père désire être présent lors des premiers soins faits au bébé. Nous voudrions qu’un des parents accompagne toujours l’enfant pour les soins.
Dans la mesure où tout va bien, nous souhaitons qu’aucune manipulation intrusive (sondage, aspiration, gouttes dans les yeux, injections …) ne soit pratiquée sur notre bébé.
Je souhaite allaiter exclusivement et serai heureuse de recevoir aide et conseils. Notre enfant ne recevra pas de tétine ou de biberon sans notre consentement.
Nous souhaitons ne pas être séparés de notre enfant même la nuit.
Nous vous remercions à nouveau pour votre écoute et nous réitérons notre confiance.
Merci à ce site sur l’haptonomie, où l’auteur a mis en ligne un exemple de projet de naissance qui a été fort inspirant sur la forme (et le site en général est très intéressant sur le fond).
Il est très délicat de trouver le ton juste pour s’adresser à l’équipe médicale … Il s’agit de s’affirmer comme acteurs de cet accouchement, sans froisser ou nier les soignants dans leurs compétences. (Une autre illustration de cette difficulté ici). Aussi, toute remarque ou conseil pour nous aider à trouver ce ton juste est bienvenue.
Engrais verts