Aujourd’hui acheté
Dans notre maison minuscule il y a peu d’objets que nous avons acheté neufs.
Le fauteuil, le meuble à tiroir, les étagères, trouvés dans la rue. La table, les chaises, la commode, récupérés. Le tapis, le canapé, le lit d’enfant (qui sert de coffre à jouet), les poufs, offerts. La bibliothèque, la table basse, l’autre table, chinés. Et puis, quand même, achetés neufs : le grand matelas pour le sommeil partagé, le bureau, le meuble d’apothicaire, le hamac, les tabourets.
Vivre dans la maison minuscule prolonge l’évolution de mon rapport aux objets, et à leur possession. Depuis quelques années, par conviction politique et par goût, je fais attention à ce que j’achète, selon des critères écologiques et sociaux. Aujourd’hui c’est, en plus, l’espace qui vient me limiter : par exemple, moi qui n’ai jamais imaginé ma maison autrement que croulant sous les bouquins, je n’en ai pas la place. La bibliothèque municipale devient alors une extension de ma bibliothèque, je vais essayer de lui donner les livres dont je n’ai pas l’utilité quotdienne, et lui suggérer davantage d’achats. J’aime assez ces limites qui nous obligent à ne garder que l’utile, voire l’essentiel. Bientôt une autre limite, économique, se fera plus contraignante, puisque le Chapeauté arrivera en fin de droits tout en restant père au foyer pendant que je réduirai mon temps de travail.
(C’est le contraire de la précarité, puisque nous l’avons choisi, et que la situation est réversible.)
J’ai découvert les 366 réels à prise rapide de Raymond Queneau grâce à Lyjazz. Il s’agit d’écrire quelques lignes par jour, tous les jours, en commençant par une expression (répertoriée dans un calendrier perpétuel). Je vais essayer d’être régulière !
Des cadeaux (et de mon anniversaire)
Je me passe allégrement de cadeaux, en général (et ça tombe bien, parce que le Chapeauté a du mal à en faire). Cela dit, j’aurai 30 ans dans dix jours (mais on fera la fête dans un mois, plus ou moins), et à cette occasion, je crois que j’aimerais bien en recevoir.
Il est cependant compliqué de m’en faire. Je suis difficile, et quand ça ne me plaît pas, j’ai des fous rires inextinguibles.
Je n’aime pas trop les objets. Enfin, la plupart des objets. Je me méfie d’eux, je crois. De leur promesse factice d’augmenter mon bonheur – des années de pub, ça marque. Et j’aime me sentir légère (c’est une vue de l’esprit).
Pourtant il y a des objets que j’aime, et qui augmentent mon confort. Et même, dont la simple vue me fait sourire. Comme les bols doux à la main, en poterie, faits par un artisan d’un village voisin. Comme mon orchidée tachetée qui se regarde dans le miroir, s’assurant chaque jour d’être la plus belle. Comme le tableau – arbre à empreintes fait lors de notre mariage, les DVD de Miyazaki, certains livres ou les instruments de musique du Chapeauté.
D’accord, il y a des objets que j’aime, mais je suis difficile. Je ne veux pas que ce soit encombrant, j’aime que ce soit beau et utile, et fait par des gens qui ont aimé le fabriquer. Mais beau, c’est très subjectif … En gros, j’aime qu’un objet soit à la fois simple et élégant, avec un détail qui le rend unique. Pas beaucoup moins subjectif …
Ensuite, si on m’offre un cadeau, je souhaite qu’il soit pour moi. Pas pour nous, pas pour l’enfant à venir, pas pour la maison … Et comme j’ai tout pour être heureuse (même une orchidée tachetée) …
Je pourrais faire une liste. Je pourrais …
Il n’y a que des femmes au groupement d’achat
et ça m’énerve.
On a en gros une réunion par trimestre, où l’on fait notre commande groupée, et une fête par an, où l’on mange ensemble, décide des orientations et notamment des fournisseurs pour l’année à suivre, et éventuellement planifie la projection de tel film ou la rencontre avec telle association. Nous sommes dix « familles ».
Dans les réunions de commandes, il y a en général dix femmes, et un homme, celui qui habite là. Parfois un autre, qui accompagne sa conjointe. Depuis deux ans que je suis dans ce groupement d’achat, je n’y ai jamais vu un homme venir seul (y compris le Chapeauté), alors que la plupart du temps les femmes ne sont pas accompagnées.
Ça m’énerve. J’ai mis le sujet sur le tapis lors de la dernière fête – où les hommes sont plus nombreux, on atteint presque la parité, du moins au moment du repas. Mais je l’ai fait au moment de la réunion, et ils n’étaient pas encore arrivés ou déjà repartis.
Et là, surprise : gros processus collectif de déni. Chaque femme présente expose que son fonctionnement de couple est très égalitaire, que si son conjoint ne s’occupe pas des courses ça n’a rien à voir avec un schéma classique de répartition homme femme, c’est un choix de couple, personnel, lalala.
Hé, nous aussi on a une excellente raison pour laquelle le Chapeauté ne vient jamais seul à ces réunions : il n’a pas le permis, et pourquoi j’y vais souvent seule, il est absent la semaine. Et pour Unetelle, c’est qu’il garde les enfants, pour une autre, qu’il est encore au travail, etc … Je ne suis pas en train de remettre en cause telle ou telle organisation personnelle, ou de dire que nous faisons mieux que vous autres – on fait pareil.
Mais si sur dix familles, la totalité ont fait le choix personnel et librement assumé que ce soit Madame qui s’occupe des courses, on peut en faire le constat et y réfléchir, non ?
Engrais verts