La bouseuse

La vie à la campagne pour les nuls
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« J’peux toucher ? » (la main déjà sur ton ventre)

  • 17 septembre 2011 5 h 48 min

C’est une antienne de la grossesse : à un moment, la future mère et son ventre rond sont confrontés à une horde de toucheurs de ventre. Des gens qui ne se seraient jamais permis un geste aussi peu intime qu’une simple main sur l’épaule trouvent soudain tout à fait approprié de caresser par surprise et sans autorisation préalable cette zone pourtant délicate …

Mia vient d’évoquer le sujet, j’ai eu envie d’ajouter mon grain de sel.

Jusqu’ici, seules quelques personnes avaient touché mon ventre (en dehors du Chapeauté et des soignants). Premier fait surprenant à mes yeux : celles qui l’ont fait, des amies pour la plupart, pourtant sensibles et bien élevées (sinon ce serait pas mes amies tu vois ?), n’ont jamais demandé avant si c’était possible, si le geste me convenait. Toutes ont agi, je suppose, sur une impulsion, et je n’avais guère mon mot à dire, sinon a posteriori.

Puis est venue la rentrée, et juste avant, la grand-messe de la prérentrée. Une centaine de professeurs dont une majorité de femmes (pauvre éducation, pauvres enfants), un intérêt sympathique de beaucoup pour ma grossesse, et la surprise de voir une collègue habituellement très réservée et même fermée, que j’ai choquée l’an dernier en la tutoyant, poser sa main sur mon ventre.

Toutes ces caresses ont quelque chose de furtif, comme si les personnes qui les prodiguent savaient qu’elles faisaient quelque chose d’un peu étrange, d’un peu limite.

Aux amies (du moins à quelques-unes), j’ai expliqué. Que si elles avaient envie de toucher mon ventre, a priori je n’avais rien contre, mais qu’elles me le disent, et alors je guiderais leur main. Le geste devient alors un partage et non une intrusion.

Aux autres, je n’ai rien dit. Abasourdie d’abord, ensuite en réflexion.

Mes conclusions ne sont que les miennes et je ne prétends pas que qui que ce soit doive s’y adapter.

Je regrette souvent que nous, les adultes, ne sachions plus nous toucher en-dehors de l’intimité érotique ou amoureuse. J’ai vu, bien souvent, l’ami hésiter à passer sa main dans le dos de l’ami, le câlin réconfortant qui se retient et ne se donne pas, la difficulté à être physiquement les uns avec les autres, et j’ai trouvé ça triste.

Vu sous cet angle, je me dis qu’un ventre arrondi par la grossesse brise cette barrière de pudeur ou d’indifférence, qu’il y a dans le geste d’approcher la main quelque chose de très beau, finalement, de l’ordre de la reconnaissance de l’humain, du désir primitif de protection du petit être en devenir.

Et de le voir ainsi, je ne le ressens plus comme un intrusion, mais comme une sorte de rituel.

(N’empêche, les gens : posez la question. Parce qu’on a aussi le droit de pas vouloir être touché, et que ça vous ferait drôle qu’on vous touche l’entrejambe sous prétexte d’hommage à la survie de l’espèce.)

VDR (vie de rêve)

  • 15 mars 2011 7 h 22 min

Quand je serai grande, j’aimerais bien animer des ateliers de communication non-violente.

Un exercice me parle en particulier ce soir, celui de la liste de gratitudes.

Il s’agit de lister les choses qui m’ont fait du bien dans la journée. A pratiquer sans modération, surtout si l’humeur est chagrine ou pire : c’est un exercice puissant.

Aujourd’hui l’humeur n’est pas maussade mais l’envie est là.

Aujourd’hui j’ai aimé faire les cinq tibétains au réveil, et aller un peu plus loin que ma zone de confort.

Aujourd’hui j’ai pris le temps de me presser une orange et trois kiwis.

Aujourd’hui en arrivant au travail j’ai vu que la capucine sur mon bureau avait deux nouvelles branches fleuries.

Aujourd’hui j’ai bien avancé dans mon travail.

Aujourd’hui une femme que j’aime beaucoup est passée discuter au bureau. Elle m’a conseillé un livre au titre éloquent « Celle qui plantait des arbres ». Je lui ai conseillé cette vidéo.

Aujourd’hui j’ai pris le temps d’écouter une collègue qui vit un moment difficile, en essayant seulement de l’écouter, sans comparer mon expérience à la sienne, sans minimiser sa peine.

Aujourd’hui en revenant à la maison six paires de chaussettes m’attendaient dans ma boîte aux lettres.

Aujourd’hui je suis rentrée un peu tard chez moi, et pourtant le soir était assez lumineux pour que je trouve la serrure sans la chercher.

Aujourd’hui j’ai cuisiné pour moi seule, et c’était bon.

Lettre à un ami de droite

  • 20 octobre 2010 18 h 52 min

(D’AG en manif,  je cours,  je m’épuise et je n’ai le temps ni de vous lire, ni de vous commenter, ni de vous répondre. Tout cela reviendra à la normale … bientôt, je suppose. Je prends juste le temps de chouiner sur votre épaule, pardonnez-moi)

 

On a usé ensemble les mêmes chaises, détesté ou apprécié les mêmes profs, voulu partir loin de cette même petite ville.

Déjà, on ne se ressemblait pas. Tu testais les coupes improbables, un peu trop modernes pour notre lycée,  j’arborais des tee-shirts roses tye and dye, qu’on aurait cru piqué à ma soixante-huitarde de mère, mais que j’avais acheté une fortune au centre-ville. Je rigole quand je revois les photos, pas toi ?

On se foutait de la politique mais on était quand même déjà pas du même bord, vaguement. J’ai jamais cru que l’amitié se basait sur ça. Un ami, c’est quelqu’un pour qui tu es là, et qui est là pour toi ; quelqu’un qui te fait rire jusqu’à ce que tu en aies mal aux abdos, et lui pareil ; quelqu’un avec qui tu partages un truc indéfinissable qui n’a rien à voir avec la carte d’un parti.

 

Tu as de plus en plus affiché ton ambition, ton goût du luxe, des gros salaires, des postes de prestige. Après m’être vautrée dans une consommation qui n’arrivait pas à me faire oublier ma peine, j’ai revendiqué mon envie de simplicité, de solidarité, d’écologie.

Je voyais bien qu’on évitait certains sujets, mais je ne voulais pas voir que notre amitié pouvait en souffrir. Je ne parle pas beaucoup politique avec mes amis,  de toutes façons.

 

Ce matin, j’ai tendu un tract à une collègue de mon lycée, une femme avec qui une amitié commençait à se nouer. Elle a refusé de le prendre, elle a refusé d’en discuter. Je lui ai demandé de venir à l’AG,  après ses cours, je lui ai dit que je pensais que son expression était précieuse, qu’on devait décider tous ensemble. Elle est passée devant moi sans plus me regarder.

Et depuis quelques jours, tu dis otage, je réponds droit de grève. Tu dis manipulation, je réponds prise de conscience. Tu dis casseurs, je réponds médiatisation biaisée. Et on a beau répéter qu’on s’aime, on ne s’entend plus, tu sais.