Je ne comprends pas Virgin Suicides
J’ai vu le film, j’ai lu le livre, j’ai aimé les deux. Mais la conclusion du narrateur m’est incompréhensible.
(Attention spoiler, si on veut)
Dans les années 70, dans une petite ville américaine, les cinq adolescentes d’une famille plus puritaine encore que les autres vont se suicider. L’une au début du film, les quatre autres à la fin, et entre les deux, il n’y aura que l’étouffement, la pesanteur d’une vie sans vie, et quelques bouffées de jeunesse payées à prix d’or. Nous les voyons dans cette prison familiale d’où elles pourraient pourtant s’échapper. Une échappatoire qui existe physiquement dans le film : le toit où l’une d’elles rencontre peut-être des garçons. Mais la vraie sortie, morale, serait sans doute de parler, de confronter la froideur de parents qui semblent ne pas savoir comment les aimer, mais les aimer quand même.
Catnatt voit dans ce film un concentré de violence la plus perverse qui soit, celle qui conduit à détruire un être en l’aimant. Je ne conteste pas cette vision, elle correspond à la conclusion du narrateur, de mémoire « de jeunes filles sacrifiées à l’égoïsme scandaleux d’une femme ». Gros plan sur la mère, en pleurs « Aucune de mes filles n’a manqué d’amour. Il y avait beaucoup d’amour dans notre foyer ».
Cette conclusion est sans aucun doute la bonne, en terme d’analyse de l’œuvre. Mais elle sonne faux dans mes tripes : pourquoi accuser la mère, et presque seulement elle (je parle ici du film), là où tout est incompréhensible ? Pourquoi répondre aussi simplement à quelque chose qui nous échappe aussi complètement ?
Pour moi, ce film (tel que je le ressens, et non tel que je l’analyse, encore une fois) est celui de ce qui nous échappe et qui détruit, celui de l’incompréhensible – et l’amour des garçons dont le narrateur fait partie pour ces adolescentes me semble en être le rappel incessant : pourquoi n’est-il pas entendu ? Pourquoi l’amour ne suffit-il pas à survivre ?
Engrais verts