La bouseuse La vie à la campagne pour les nuls

La bouseuse
What’s next ?

On est à la fin de l’histoire.

« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », c’est la fin du conte, le début d’un autre aussi, bien sûr, mais il y a bien une clôture, un cap.

C’est drôle, j’ai lu l’article de Catnatt, et alors que les commentaires réagissent sur l’écriture, c’est cette phrase-là que je remâche depuis quelques jours : Car ce qui me fait flipper comme une bête c’est cette idée démentielle qu’il ne se passera plus rien dorénavant. Enfin, rien de spectaculaire. 

 

J’ai l’impression qu’aujourd’hui, j’ai pris toutes les grandes décisions de ma vie. L’amour avec N., le premier petit singe tout nu, le deuxième à venir qui sera probablement le second, l’endroit où nous vivons. Maintenant, il ne s’agit plus que de durer, et c’est un défi immense, qui va m’occuper toute ma vie, mais il ne s’agit que de ça : continuer dans le sillon, il est déjà choisi. Et c’est le bon, je n’en voudrais pas d’autre, je n’en vois pas de plus heureux pour moi.

Mais … il n’y a plus cette exaltation du choix. Il s’agit de continuer, simplement. De tenir parole, de s’aimer encore, de rire encore, de se remettre en question encore, militer encore, continuer à élever la belette, continuer à apprendre, continuer à prendre soin de ceux que j’aime et de moi.

Ici, sur ce blog et les précédents, j’ai parlé de moi. Sans le savoir je parlais des défis que je relevais, des grandes aventures de ma vie :  quitter mon premier amour, l’engagement politique, aimer N., faire le deuil de J., être heureuse, devenir mère, me libérer d’une enfance difficile.

Je ne « flippe pas comme une bête », comme dit Catnatt. Mais je … je ne sais pas. Je me languis un peu, je crois. Je me rappelle ces années toulousaines où je baladais mon coeur en bandoulière et je dois faire un effort pour me souvenir qu’au-delà du fantasme romantique à la manque, j’en chiais des ronds de chapeau. Que oui je me sentais intensément vivante, mais aussi triste, incertaine, apeurée.

 

Je ne m’ennuie pas … mais j’ai peur de m’ennuyer, je crois. Peur de ne plus avoir de défi à relever. Ne me parlez pas de ce formidable défi qu’est la parentalité parce que oui, bien sûr, c’est intense et exigeant et parfois passionnant, mais … je suis mère. Je le suis, « y a plus qu’à » (à être à la hauteur, à continuer). Ce n’est pas une place que j’ai besoin de prendre, quelque chose que j’ai à aller chercher. C’est fait.

 

Oui, j’ai un peu peur, même pas vraiment de m’ennuyer, je suis occupée, heureusement occupée, mais qu’il n’y ait plus rien d’important qui m’arrive. (D’important et d’heureux, si possible, j’ai eu ma dose de deuils, Grand Parano).

Je crois que je regarde ma vie, du haut de mes bientôt 31 ans, ce qui est loin d’être vieux, mais n’est plus réellement jeune, en me disant : « alors, c’est tout ? »

27 réponses à What’s next ?

  1. Flo says:

    je comprend très bien ce que tu ressens (enfin je suppose que je comprend).
    quand mon plus grand rêve sera réalisé, j’entends par là, celui qui a VRAIMENT de l’importance, qu’est ce que j’aurai d’autre après ? continuer à se façonner en vue d’atteindre une forme de sagesse ?

  2. mirovinben says:

    Oups… J’ai mélangé deux commentaires, deux blogs que je suis avec attention… Du coup mon commentaire précédent tombe complètement à plat, est hors de propos donc imbécile.

    Effaçable assurément.

    • La bouseuse says:

      Effacé donc, sur le coup je ne voyais en effet pas le rapport et puis, finalement, ça me travaille quand même (et ça me fait un peu culpabiliser …)

  3. catnatt says:

    Je ne sais pas comment les gens font pr commenter via un portable. C est tout bonnement insuppportable. Tout ca pour dire que j ai lu et que j aurais plein de trucs a te dire mais que je le ferai plus tard. T embrasse bien fort en attendant

  4. Floh says:

    Oh, je crois que je comprends, à la veille de l’un des grands événements majeurs de ma vie. D’un autre côté, j’ai une telle liste (non écrite) de choses à réaliser dont j’aurais envie que je me dis que je ne peux pas m’ennuyer tant que je n’ai pas réalisé un minimum de cette liste. Mais ma peur à moi ce serait plutôt « et si jamais je ne la réalise pas, alors je fais comment »?
    Je me dis aussi que les défis viennent à nous, tu sais, quand on y est attentive, en demande, et dans cet état d’esprit…
    Je t’ (vous!) embrasse fort :)

    • La bouseuse says:

      Justement, en écrivant ce billet, je pensais à toi et à Florence et je me disais que vous, avec votre grand projet du Centre, vous aviez ce projet d’une vie, ce quelque chose à faire advenir, pour ne pas ressentir cet espèce de creux … et je vous enviais un peu.

  5. Mille Bulles says:

    C’est drôle parce que je me suis faite cette réflexion, après m’être mariée… je me suis dis : voilà, puis les enfants, puis la maison, puis attendre. Et tout compte fait, ça ne se passe pas comme ça, je crois. J’ai plutôt l’impression que les choix délimitent le terrain de jeu, ancrent, enracinent, posent de solides repères qui sont rassurants et qui permettent de continuer à jouer : dans les projets, dans l’associatif, dans les rencontres à faire, et ça il y en aura toujours, dans les amitiés, dans les voyages, dans l’écriture. Tout ça, ça n’est pas entretenir. C’est aussi vibrer, prendre des risques, être dans la vie. Je crois que peut-être, après un premier enfant on peut avoir cette impression, en te lisant je me retrouve il y a quelques mois, quelques semaines. Mais tout compte fait, tu sais, je ne suis plus si sûre, maintenant, que rien d’important n’arrive après tout ça. Au contraire, je crois que la vie bouscule et chahute. Pas en permanence. Mais quand même.

  6. Flo says:

    Bon je tente car bon hein :
    voilà ce qui titille ma curiosité :
    « le deuxième à venir  »
    et Floh qui dit « Je t’ (vous!) embrasse fort  »
    j’ai le droit de pousser un cri de joie ou pas ?

  7. lise says:

    Il y a bien d autres aventures, ne t inquiète pas :)
    Gros bisous
    Lise

  8. Lizly says:

    Je ne peux pas écrire « je comprends exactement ce que tu ressens » parce que je ne suis pas dans ta situation et j’en suis assez loin pour savoir que ce que j’en imagine n’est que flou.
    J’ai tout de même envie de penser qu’une fois le mari, la maison, les enfants (dans l’ordre qu’on veut), il y a encore des envies surprenantes qui commence par nous surprendre nous même, il y a encore des projets immenses pour la taille d’une vie déjà bien remplie, il y a encore des surprises.
    J’ai envie de croire que pour le moment, la vie te fiche un peu la paix, te laisse admirer ce que tu as fait, prendre un peu de recul, l’analyser. Puis qu’elle déboulera comme un chien dans ton jeu de quilles, avec des idées, des envies, des projets et tout le toutim.

  9. Mia says:

    C’est bizarre car je comprends ton texte et les commentaires qui vont dans le même sens et en même temps je ne m’y retrouve pas complètement.
    Je suis aussi dans un phase où j’ai un mari, un appart, un boulot, un projet d’enfant… ou on pourrait dire que tout est (presque) fait.
    Et pourtant je dis encore que je ne sais pas m’ennuyer…
    J’ai une sorte de To Do non rédigée mais que j’imagine comme des nuages autour de ma tête dans lesquels je peux piocher pour m’alimenter, me surprendre, me déstabiliser…
    Par exemple il y a quelques années il y avait « apprendre à danser le rock ». C’est fait pendant 2 ans 1/2 et ça m’a permis vendredi de danser un rock et d’y prendre beaucoup de plaisir, un « petit bonheur »… Ca ne révolutionne pas ma vie mais ça la pimente.
    Y’a des choses « classiques » ou qui ne font pas spécialement rêver comme « apprendre à courir » ou « apprendre à chanter » et d’autres un peu plus ambitieuses voire irréalistes comme « tourner dans un film »…
    Certaines personnes autour de moi contribuent à alimenter cette façon de penser. Par exemple une bonne copine de presque 40 ans (!) qui s’est mis à la danse sportive il y a quelques années et elle s’éclate. C’est une nouvelle vie qui se met en place en parallèle de l’ancienne (son job, son mec) et qui est complètement spectaculaire (elle va aux championnats de France, elle doit gérer la relation de « couple de danse »…)
    Bon je m’aperçois que j’ai encore écrit un truc de Bisnounours…
    Mais je comprends quand même ces doutes, ces questions, ces pincements de coeur…
    Je ne pense pas que ça soit tout, la vie réserve à beaucoup des bonnes / mauvaises surprises… Est-ce que tu es dans la liste ?… le suspense est là ;-)

    • La bouseuse says:

      Bisounours, je ne sais pas, je dirais plutôt cocktail vitaminé ;) et j’adore cet état d’esprit, mais je ne l’ai pas … remarque, dis moi comment tu le travailles, ta méthode pour les photos à fait des miracles !

      J’aime beaucoup l’exemple de ta copine aussi.

      • Mia says:

        Tu es un modèle qui en redemande ? ;-) Cooool ! On pourra faire des photos de brunes ;-)

        Y’a pas de méthode magique…
        Quelques idées qui me viennent :
        - quand on est en haut de la courbe de la joie, prendre le temps d’observer ceux qui râlent et critiquent. Constater que ça ne les rend pas forcément heureux (avec ma conception du bonheur). Se rappeler d’être vigilent si la courbe amorce une descente…
        - lister les petits bonheurs. C’est récent de les écrire, mais je trouve que c’est une chouette idée pour rebondir, se redonner des idées et de la motivation…
        - avoir l’aide d’un magicien. Quand les pensées divagent dans un monde trop noir qui fait disparaître le sourire et l’étincelle des yeux, c’est une étreinte, un bisous, une caresse magique qui me ramène dans le présent de notre couple et qui me redonne le sourire souvent instantanément. Je fais la moue, je boude, je pleure, je suis mélancolique, je suis triste ? Il n’est pas loin et a ce super pouvoir de me redonner un filtre plus joyeux devant les yeux. Pas en parole, juste par la présence.
        - se rappeller des moments où c’était difficile, où on a galéré, voir que ça m’a construite, façonné, voire améliorée…

        Bises vitaminées

  10. pusillus says:

    Sans te connaître je suis si convaincue qu’il y a mille rebondissemens qui t’attendent! Choisit votre lieu de vie? mais… et les déménagements alors?! Je pense que la fatique et les vagues hormonales nous dictent parfois nos états d’âme et la manière dont on voit la vie. Quand on a un enfant en bas âge, des animaux, un jardin, il faut s’y coller au quotidien et on a forcément une vie sociale moins stimulante. Et puis vient un moment où ton enfant a besoin que tu lui lache un peu la grappe, que le jardin est au repos, et que tu croise par hasard une personne-déclic qui t’attendait pour monter un truc délirant. Après c’est le défi, jongler avec tout, re-faire des choix, apprendre à laisser derrière soi, en rire aux larmes avec de vieux potes…
    J’ai 43 ans et chaque semaine est une aventure où j’essaie de ne pas trop chahuter ma fille qui préfèrerait souvent qu’on reste en pyjama pour regarder ‘Bip-bip et le Coyote’ toute la journée dans le divan… mais dehors nous appellent nos assos militantes, nos bébé-arbres, les chatons du potager, les chevaux de Mireille, les expéditions à la rivière, camper, trouver les bons arbres dans la pinède pour tester ce hamac, organiser un marché de producteurs, comme ça, à partir de rien, et puis se recevoir tellement de retours positifs qu’on envisage de créer un magasin, une bibliothèque, une table d’hôtes, aller aux abeilles avec Th, fabriquer du savon aux pétales de rose, faire l’amour, et puis commencer à penser aux grands voyages qu’on fera pour voir le monde s’il est encore là dans quelques années, les éléphants, les dauphins, les perroquets kea, les concerts, les gens, mmmmh. Et ne pas oublier de ressortir mon vélo. Et si on partait en vacances en vélo? Ou en roulote? ou en péniche?

    Stop, là il faut que j’aille étendre le linge. Quand même.

  11. la bacchante says:

    Ah bon, ton chemin, celui que tu as décidé de suivre ne comporte aucun tournant, épingle à cheveux, carrefour?

  12. Catnatt says:

    Me revoilà… (sorry pr le délai).

    Je crois que c’est normal de se sentir comme sur une autoroute juste après le premier enfant. C’est quand même une des plus grandes décisions de sa vie, le saut dans le grand vide et l’adrénaline qui en découle est telle qu’on sait que même avec un deuxième, ce sera déjà du « réchauffé ».

    Pour autant, même si je ne sous estime pas tes impressions, je crois que nous ressentons la même chose mais que le contexte est différent :)

    Moi, c’est lié à la fameuse middle life crisis. J’ai fait plus que la moitié du chemin. Il me reste vraisemblablement moins de temps à vivre que je n’ai vécu.
    Toi, c’est lié à l’accomplissement de deux grandes étapes : construire une relation amoureuse viable qui a débouché sur la venue d’un enfant au monde.

    Moi, c’est le rapport au temps, toi c’est le rapport à des « rêves d’enfant ». Il te reste tous ceux d’adulte à choisir et à accomplir.

    Nous avons dix ans de différence, ce n’est pas rien :)

    Tu verras les défis sont énormes. Si tu souhaites un deuxième enfant, tu verras que votre vie en sera bouleversée parce que (et on y pense pas assez) deux enfants, ça veut dire qu’ils sont à égalité en nombre face aux adultes. Et qu’on le veuille ou non, ils prennent la « majorité » ;)

    Tu verras les échanges avec ton enfant, puis ton deuxième évoluer. Tu les verras devenir des individus à part entière. Il y a certainement ça aussi qui me travaille en arrière fond : je n’ai plus trop d’impact sur mes enfants, c’est le monde extérieur qui prend la place depuis quelques temps.

    C’est normal que tu te sentes un peu flottante. Tu as commis un des actes les plus définitifs qui soient : avoir un enfant. Ca donne le vertige. Mais crois-moi les lignes bougeront fatalement. Et elles bougeront vers la vie.

    Moi, j’ai bien peur (ou je fantasme c’est possible) qu’elles bougent plus en direction de la mort. C’est peut-être ça avec lequel je négocie :)

    En espérant avoir été claire et pas maladroite :)
    T’embrasse bien fort.

  13. Dans le doute je mets de l’action.
    Parfois je me plante. Parfois c’est encore mieux que je l’espérais.

    Je déteste les contes.

  14. lyjazz says:

    Alors je suis à la fois d’accord avec pusillus et avec Catnatt.
    J’allais te dire que 1 enfant, et qui plus est en bas âge, ça fait une vie tranquille, à la vitesse de cet enfant : on se met au diapason.
    2 enfants, déjà , ça forme une famille, et, oui, ils peuvent non seulement être en nombre égal aux parents, mais aussi jouer ensemble et te laisser en paix parfois.
    Et puis ils vont grandir, passer des journées à jouer avec des potes ou au centre de loisir, et tu seras de nouveau toi-même, avec tes projets à mettre en oeuvre.
    Et puis il y a les rencontres, les personnes qui surgissent, que tu vas aimer, qui vont t’embarquer dans leur truc, que tu auras envie de suivre.
    Parce que rien ne va endiguer ta curiosité.
    POur moi : 2 enfants de 8 et 1/2 et 7 ans. Et depuis leur naissance j’ai cheminé beaucoup beaucoup. Et démarré l’escalade, mis en route mes projets de photo et d’écriture, et rencontré des tas de gens qui m’ont fait grandir.
    Je te souhaite encore bien des interrogations et des projets !

  15. Pingback: Le tourbillon de la vie ? | Amy is running away

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