Aujourd’hui tentative de liberté
J’ai longtemps eu ce fantasme un peu puéril de partir et de tout recommencer à zéro, loin, où personne ne me connaîtrait, peut-être même sous un faux nom. Là-bas j’aurais de ne faire aucun faux pas, de me réinventer à partir de rien. Je ne serais plus frileuse ni peureuse, mon rire serait cristallin, et accessoirement personne ne saurait que j’ai entretenu une passion coupable pour MC Solaar à 13 ans. Pas d’attache, pas de passé, l’infini des possibles.
Avoir un enfant c’est aussi renoncer totalement à cette illusion. Si la vie me fait la gueule, si mon boulot m’emmerde, si le Chapeauté me déçoit, je ne peux pas plus imaginer claquer la porte, à cause de ou grâce à ce petit être qui nous relie, pour de bon. Non qu’on ne puisse se séparer quand on est parents, mais on est tenus d’essayer de garder une relation pas trop pourrie.
Et même si je coupais toutes ces attaches, il en resterait une, celle qui me lie à la belette.
Heureusement, ma vie me plaît, mon boulot ne me déplaît pas, le Chapeauté est un écureuilà l’oeil de lynx (si t’as pas compris tu ne peux guère deviner), et j’aime fort la belette.
Heureusement.
J’ai découvert les 366 réels à prise rapide de Raymond Queneau grâce à Lyjazz. Il s’agit d’écrire quelques lignes par jour, tous les jours, en commençant par une expression (répertoriée dans un calendrier perpétuel).
Aujourd’hui surprise (fiction)
Surprends-moi, la vie. Montre-moi ce qui palpite, ce qui est tendre, ce qui remue encore dans tout ce gris.
Mon quotidien m’exaspère, si même le mot n’est pas trop fort pour ces émotions ternes qui sont tout ce que je ressens. Ma routine bien huilée, le réveil chaque jour à 6h sauf le dimanche, me doucher prendre un café enfiler les habits posés la veille sur la chaise me maquiller enfiler mes chaussures prendre mon sac démarrer la voiture ; et une heure et demie plus tard, passer la porte de bureau. Au travail comme en-dehors, les mêmes gestes, les mêmes pensées étouffées par les mêmes automatismes, le moindre rouage parfaitement en place, parfaitement mortifère. Rentrer par le même chemin, me faire à manger sans appétit, la vaisselle, un film. Espérer le week-end comme la promesse d’un renouveau, il s’y passera quelque chose, forcément, je saurai enfin changer, trouver quelque chose qui vaillle la peine d’être sauvé, d’être vécu. Et puis finalement rien, les siestes qui ne reposent pas, la télé, la lessive et téléphoner aux parents.
Surprends-moi, la vie.
J’ai découvert les 366 réels à prise rapide de Raymond Queneau grâce à Lyjazz. Il s’agit d’écrire quelques lignes par jour, tous les jours, en commençant par une expression (répertoriée dans un calendrier perpétuel).
Je crois que j’ai triché avec cette fiction. mais pour être honnête, ma vie ressemblait pas mal à ça il y a quelques années.
Aujourd’hui : que deviendra cet[te] enfant plus tard ?
Nous espérons qu’elle fera ses propres choix, que ses pas traceront un chemin bien à elle. Nous souhaitons qu’elle ait conscience de sa liberté, qu’elle goûte au vertige des possibles, qu’elle suive sa conscience et son élan.
Ça passe pour le moment par des petites choses, presque anecdotiques. On écoute cette chanson, on s’émeut, et puis on se dit qu’elle nous présentera peut-être une amoureuse. Ou trois. Le Chapeauté va « lui » planter des arbres fruitiers, mais peut-être qu’elle n’aimera pas les cerises ? On lui montrera comment cultiver son potager, et elle en fera ce qu’elle voudra, et peut-être rien.
Il s’agit moins de lui offrir une vision que de ne pas l’entraver par nos propres projections. Lui donner confiance, et qu’elle se lance dans sa propre vie. Comme elle l’a fait depuis la première seconde, posée sur mon buste, ouvrant de grands yeux sur ce monde étrange. Bien sûr, elle est aujourd’hui presque totalement dépendante de nous, les deux géants qui prenons soin qu’elle ait suffisamment de tendresse, de chaleur et de lait, qu’elle soit au propre et au sec. Mais tout est là en germe dans ce presque : elle est déjà un être humain et ce germe de liberté lui permet de regarder où elle veut, de sourire ou de pleurer, de répondre ou non à nos appels, ou d’en lancer d’elle-même.
Que deviendra cette enfant plus tard ? Nous verrons bien, nous commencerons à voir …
J’ai découvert les 366 réels à prise rapide de Raymond Queneau grâce à Lyjazz. Il s’agit d’écrire quelques lignes par jour, tous les jours, en commençant par une expression (répertoriée dans un calendrier perpétuel).
Ce billet a été écrit en pensant très fort à celui de Florence, Transmissions, sur son blog Terre de vie.
Engrais verts