Leçon de vie, mes fesses
Billet partial et assumé comme tel. A cause de la fille aux craies et de son article là.
Moi j’ai pas une maladie grave et on ne me dit pas que je donne une leçon de vie admirable à tous ceux qui sont en bonne santé et qui pourtant se plaignent ma bonne dame on est bien peu de choses finalement.
Mais presque.
Deux de mes proches sont morts brutalement. Mon père, quand j’avais 21 ans, et mon premier amour quand j’en avais 26.
Les deux fois, on m’a dit que j’étais forte. A l’enterrement. Après.
Encore aujourd’hui, et souvent totalement hors de propos. Mon Chapeauté et moi on se marie, on envoie des invitations, on me répond « Ah que tu es forte de pouvoir être heureuse après ça ». Et même « Moi je ne pourrai pas venir à ton mariage, le souvenir de J. sera trop présent, je ne suis pas aussi forte que toi ».
Mewde.
Je ne suis pas plus forte qu’une autre. Vous vous rendez compte de comment vous m’enfermez en me disant ça ? Je ne suis pas moins touchée que vous. Vous vous rendez compte de comment vous m’insultez en sous-entendant ça ?
Je me sens plutôt plus fragile qu’avant, comme un truc fendu qui tient encore debout mais que le prochain choc pourrait casser tout à fait.
Scoop, les amis : se prendre des coups, ça ne rend pas forcément plus résistant. Des fois, ça abîme.
Et quand bien même on se répare, on retrouve le goût de vivre, le goût des autres, et même le goût de batailler pour des petites causes secondaires comme la démocratie ou l’éducation populaire, ça veut pas dire qu’on est fort. Qu’on ne donnerait pas ses deux bras (et le chocolat) pour que les choses soient différentes. Qu’on ne pleure pas, petite chose misérable recroquevillée dans sa peur et son chagrin, parfois.
Je suis la même personne quand je ris et quand je pleure. Si je continue à vivre et tant qu’à faire, à vivre bien, c’est pas que je suis forte, c’est que je suis vivante.
février 1st, 2011 at 9 h 45 min
Mais bien souvent, on te répond ça simplement parce qu’on ne sait pas quoi dire, et que la discussion déteste le vide et les silences…
Et plein de bises
Respire ma belle!
février 1st, 2011 at 9 h 49 min
Parfois oui. Mais mieux vaut se taire que dire des conneries-étiquettes dures à décoller. Et parfois, ce n’est pas dans une conversation, mais à l’écrit …
février 1st, 2011 at 9 h 56 min
Je crois que ma douce aurait pu écrire le même genre de billet…..et moi aussi…..nous faisons partie de ces gens là qui n’extériorise pas leur peine ou chagrin, c’est privé et intime ça …..on reste chez soi quand ça va pas….et bien sur on continue et on avance malgré tout ça car la vie est belle malgré tous ça……quand même……une question d’éducation? de dignité? de caractère? j’en sais rien en fait…..
février 1st, 2011 at 10 h 54 min
Mais être forte, ce n’est pas ne jamais pleurer, ni même, ne jamais être blessée ! Surtout après des coups comme ceux que tu décris ici !
Etre forte, à mon sens, c’est plutôt savoir accepter ces blessures, ces pleurs ; c’est être capable, surtout, malgré cela, d’aller de l’avant. Et c’est ce que tu sembles faire, à travers ce mariage entre autres.
Et puis, être fort n’empêche pas d’être faible ! Ecoute ce grand penseur contemporain (hem:p) qui offre « une épaule solide et fragile à la fois »
février 1st, 2011 at 10 h 58 min
Des nuages…
Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.Michel Audiard Il y a une petite phrase qui tourne beaucoup sur le Linternet ces derniers jours et qui dit You never know how strong you are until being strong is your only option. Bon,…
février 1st, 2011 at 10 h 59 min
Bon ben moi, ça ne tenait pas en commentaire, alors j’ai écrit dans mon coin …
février 1st, 2011 at 11 h 16 min
Grain de sel : Yep. La vie est belle, aussi.
Sel : Je suis assez d’accord avec toi, mais j’avais envie de gueuler un bon coup. Surtout contre le mythe « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort », je crois.
Xave : Merci (pour les pré-requis, regarde sous le lit)
février 1st, 2011 at 13 h 21 min
tu aimes lire? je viens de terminer ce livre là : « Des vents contraires » d’Olivier Adam il parle bien de ces écorchés de la vie qui continue à se battre contre vents et marées en essayant de garder le cap car justement la vie reste belle malgré tout ça….
février 1st, 2011 at 14 h 58 min
Les jugements à l’emporte-pièce, les phrases bateau, il n’y a rien de pire. Il y a aussi ceux qui pensent bien faire, ceux qui se mettent à ta place, ceux qui pensent à ta place, …
février 1st, 2011 at 17 h 05 min
« Le souvenir de J. sera trop présent, je ne suis pas aussi forte que toi ». Ah oui parce que genre t’as peur d’être ému(e) et de pleurer devant tout le monde? PUTAIN c’est un mariage quoi, ça ARRIVE de pleurer dans les moments forts! C’est pas une question d’être fort ou d’avoir su aller de l’avant ou quoi!!! Bordel. (oui je m’énerve)
février 1st, 2011 at 17 h 53 min
Grain de sel : Je l’ai lu il y a quelques semaines, et je suis d’accord avec toi.
Madeleine : Voilà, les bateaux, c’est bien sur l’eau, on les y laisse
Mlle Cassis : Toi, tu me plais !
J’avais besoin de crier un coup, mais si vous voulez lire des choses plus douces et vraies sur le même sujet, je vous conseille le billet de Xave mentionné ci-dessous.
février 2nd, 2011 at 9 h 33 min
Hihoho… Parce que moi, c’était pas par besoin de crier un coup, peut-être ?
février 2nd, 2011 at 9 h 53 min
Je ne sais pas (je ne suis pas dans ta tête si non je saurais quand tu parles de Saint-Valentin ou quand tu parles de ton blog), mais je trouve ton billet bienveillant, et le mien pas tellement.
février 2nd, 2011 at 11 h 42 min
Ces hasards, qui n’en sont pas?
Tes mots sur Montsouris ce matin alors que mon train passait juste devant.
Tes mots sur la mort ce midi alors que je l’ai vécue au même âge, l’amour perdu et tout ce qui s’en suit.
Et cette même façon d’appréhender le rire & le chagrin.
Tu l’écris tellement bien.
Je t’embrasse!
février 2nd, 2011 at 21 h 53 min
Ha ouai, (putain)!
Moi aussi ça me met en rage.
Avec « ce qui ne nous tue pas gnagnagna…. » justement, ça nous a pas tué(e)s, mais ça a faillit non? Comment peut-on imaginer sortir plus fort d’un cataclysme? si on en sort ‘est forcément amochés, bancales.
Si j’entends : « hanlala comme tu es forte, moi je pourrai pas… » je le ressent comme » ho putain, heureusement que c’est pas tombé sur moi! » et je me retrouve reléguée loin des humains…
comme je comprends ta colère…
Je t’embrasse fort.
février 3rd, 2011 at 10 h 03 min
Yeah !
Bien dit !
J’aime les coups de gueule !
Et je rapproche ce billet de celui sur la carapace de Floh.
J’aime comme la vie te balance des trucs, et puis qu’ensuite tu es fragilisé, moins dur et plus humain.
Les envieux de ça, les pessimistes qui te plombent davantage sont restés bloqués, complètement psychorigides, sur une image de toi, alors que tu as évolué, tu t’es reconstruite autour de ces pertes. Ils n’ont pas été capables de te suivre et restent derrière, loin de la vie.
J’aime comme la reconstruction nous rend plus aptes à montrer notre fragilité d’humains, avec des rides intérieures ou extérieures.
Je te salue avec respect.
février 3rd, 2011 at 12 h 40 min
première impression à chaud sans réfléchir : il n’y pas de vrai courage, il y a la vie qui ne tire et nous emmènes, les choix que l’on fait, ce que l’on subis, il y a ce qui nous blesse et nous chagrine, il y a ce que l’on garde à l’intérieur de soi et que l’on porte tout le long du chemin.
Regarder devant soi en emportant son passé, rester vivante et humaine.
( un peu boulversée par l’émotion parce que ton texte arrive à un moment particulier j’espère que mon commentaire est compréhensible )
février 3rd, 2011 at 16 h 54 min
Aurélie : Je ne saurais dire mieux que Xave « Où tu te rends compte que les fêlures, tu ne les porte pas forcément en étendard, mais des fois, quand tu ne sais pas pourquoi tu aimes bien quelqu’un, c’est que les siennes et les tiennes ont des fréquences de résonance proches l’une de l’autre. »
L’impatiente : Voilà ! Et si je suis dans un moment bien parano, j’entends même dans « hanlala comme tu es forte, moi je pourrai pas… » une sorte de suspicion du genre « bah tu dois y trouver ton compte si tu survis … peut-être que tu tenais pas autant que ça à eux » …
Mais bon, là, ce sont mes propres projections. N’empêche.
Je t’embrasse aussi !
Lyjazz : Ah c’est drôle je pensais que tu allais détester ce billet, toi que je vois tellement bienveillante … mais à ton commentaire, je comprends pourquoi il te plaît. Merci.
Millie : Ta réaction me touche, comme si tu mettais des mots sur ce que je n’ai pas tout à fait formulé plus haut.
février 4th, 2011 at 6 h 32 min
Ce qui est clair pour moi, c’est que les mots « tu es forte » ne sont pas exempts d’un certain venin.
du style « je te remets la tête dans ta merde puisque je vois que tu en sors » et puis « ca m’arrangeait bien de te voir dans l’état où tu étais, et moi bien au chaud ».
Ta colère est saine et salvatrice.
Ma vie me porte à m’éloigner de « ces gens-là », comme le disait Brel. Ceux qui te disent « ma pauvre » en se frottant les mains.
Pour vivre avec ce que m’amène la vie: des joies et des douleurs aussi, celles auxquelles on ne penserait pas pouvoir survivre avant de les avoir vécues.
Pour vivre avec ceux et celles avec qui je peux à la fois pleurer et rire de la vie.
Je t’embrasse, sœur de cœur
février 4th, 2011 at 14 h 19 min
Pas mieux.
Si ce n’est : je t’embrasse.
février 16th, 2011 at 9 h 17 min
Il m’a fallu une grande claque dans la tronche pour comprendre ça. J’ai du caractère ce qui fait que même « avant », on me disait forte. Ca m’énervait mais je n’arrivais pas à toucher du doigt le pourquoi du comment. Aujourd’hui, je sais. J’ai une amie qui a perdu son chéri, le père de ses trois enfants. Je ne lui dis pas qu’elle est forte. Je la prends dans mes bras et je la câline. Et je lui dis qu’elle a le droit de pleurer, de vivre, tous les droits. Mais il m’a fallu une grande claque dans la tranche. C’est ça qui est dommage.
février 21st, 2011 at 12 h 15 min
Ce billet me fait terriblement écho. Les « comme tu es forte! » « courageuse » qu’est ce que j’ai pu en entendre! Et qu’est ce que j’ai pu en souffrir.
Tu parles « d’insulte », c’est carrément ça.
Alors oui, parfois ça doit être moi qui interprète mal mais comme toi, je suis certaine que derrière ces phrases vantant mon « courage » (laisse moi rire), d’autres intentions bien moins louables se cachent parfois. Une sorte de « mais si toi tu y arrives, c’est qu’au fond les choses ne t’atteignent pas comme elles devraient/comme elles m’atteignent moi. » La norme de la souffrance, la comparaison des douleurs… Je laisse ça aux autres.
Et souvent ce sont ces mêmes qui, lorsque je tombe, me demande de me relever fissa… bah ouais, faudrait pas que je sois mal trop longtemps non plus, ça ferait pas beau dans le paysage.
Le coup des invitations pour ton mariage, j’en reste quand même assez bouche bée…
septembre 9th, 2011 at 17 h 44 min
Tellement de choses qui me viennent que je sens que je vais pondre, telle Xave la poule, une note aussi, moua…
septembre 9th, 2011 at 22 h 36 min
Ayé, t’as un œuf.