La bouseuse La vie à la campagne pour les nuls

La bouseuse
Du féminisme, de l’indépendance et de mon couple

A la formation de planteur d’arbres où il étudie cette année, le Chapeauté passe pour un macho.

(Ceux qui connaissent le Chapeauté se marrent).

Et pourquoi donc ? Parce que dans notre projet de vie, c’est moi qui fait un travail salarié et lui qui reste à la maison pour cultiver notre jardin, porter les enfants en écharpe et assurer qu’on mange des trucs ultra-bons ultra-frais ultra-locaux toute l’année.

Si j’ai bien compris, ses camarades de classes, de jeunes femmes très indépendantes, lui ont reproché d’être un exploiteur, qui se la coule douce aux frais de la princesse qui trime (oui, la princesse, c’est moi)

(Ceux qui me connaissent se marrent).

Je suis persuadée que s’il avait dit : « Moi, je ramène les sous, et mon épouse s’occupera des enfants et du jardin », il ne serait pas davantage considéré comme le féministe qu’il est …

Il me semble que dans cette conversation, le vrai enjeu n’est pas l’égalité entre hommes et femmes, mais l’indépendance au sein du couple.

Le Chapeauté et moi nous considérons comme égaux (mais pas comme identiques, et nous ne croyons pas devoir l’être). Mais nous ne sommes guère indépendants, et notre projet de petite ferme est réellement commun. Mon salaire est un moyen de nourrir ce projet. D’une certaine façon,  et malgré nos emplois séparés, nous travaillons ensemble.

Si l’un de nous quitte le projet, celui-ci n’est plus viable. Et alors ? Il n’aura plus de raison d’être sous cette forme.

La dépendance n’est pas indispensable au couple, mais elle peut être choisie et assumée. Encore faut-il savoir de quelle dépendance on parle : il me paraît plus important de pouvoir penser sans l’autre que d’avoir ou pas le permis de conduire.

Dans cet article sur le revenu garanti, lu avant-hier, il est proposé « plutôt que de rechercher l’autosuffisance, [d'] assumer l’interdépendance. »

L’autosuffisance totale est un mythe. Nous n’avons pas cuisiné les plats qui nous ont nourris pendant des années, nous n’avons pas construit les écoles où nous avons appris (ou désappris), nous n’avons pas écrit les livres que nous avons lus.
Il y a des projets que l’on ne peut faire seul. Il y a le fait qu’on ne peut pas savoir si le couple durera. Est-ce une raison pour ne pas essayer ?

21 réponses à Du féminisme, de l’indépendance et de mon couple

  1. Floh says:

    Quelle drôle d’idée de traiter de macho un homme qui veut s’occuper d’une ferme et des enfants. Quelle drôle d’idée de traiter d’exploiteuse une femme qui accepte de ramener le salaire fixe au foyer…
    Quel drôle de point de vue, laissant perplexe quant à l’évolution des mentalités, vraiment…
    Il est beau votre projet, et puis il est vous, tout simplement :)
    Et ouais, je me gausse! Le Chapeauté macho et toi en exploiteuse, alors là, c’est la plus belle de la journée :)
    Merci de ce fort joli billet :)

  2. Je ne peux pas dire que je vous connaisse vraiment, mais j’ai rigolé … Deux fois, même !

    Je trouve ta note extrêmement juste. Enfin, du moins, j’ai l’impression qu’on « habite » notre couple un peu comme vous le vôtre : d’ailleurs, j’ai l’habitude de dire qu’on est « une équipe ». Tantôt l’un de nous assume les fiances et l’autre se forme, tantôt c’est l’inverse…

    En ce moment, il semblerait que ce soit le projet pro de l’Homme Chocolat qui nécessite que nous nous y attelions plus sérieusement, car il est une étape importante de notre projet de vie commune, par la satisfaction qu’on espère que ce futur poste lui procurera (je dis « on » alors que c’est lui qui a choisi, loin de moi l’idée de lui imposer quoique ce soit, ou même de l’aiguiller sans sa demande formelle. Mais comme je tiens à lui, j’espère que ses projets vont se réaliser, normal non ?) au point de vue strictement pro, mais aussi financier, matériel, et au point de vue de la stabilité qu’il recherche.

    Dans cinq, dix ans, ce sera peut-être à moi de fixer le cap… Ou pas, d’ailleurs.

    Sauf erreur de ma part, ton texte met un peu le doigt sur cette chose importante : vous travaillez ensemble, vous ne travaillez pas l’un pour l’autre.

    Ce qui veut dire qu’il n’y a aucune notion de « sacrifice », de « devoir » quelque chose à l’autre, à part la reconnaissance de sa participation dans ce bout de chemin fait ensemble …

    Nous cotoyons énormément de couples, et j’ai l’impression que cet état d’esprit, s’il n’est pas indispensable, permet d’avancer sur une voie plus sereine, plus constructive que bien d’autres (je sais, c’est pas beau, je nous auto-félivité. Disons que c’est pardonnable si ça s’adresse à vous … Non ? :P )

    • La bouseuse says:

      On fonctionne de façon similaire en effet, j’ai déjà pris une année sabbatique « aux frais du prince ».
      Il ne s’agit pas de compromis, c’est ça qui est intéressant. Il s’agit de projet à deux, qui n’existerait pas juste par l’un ou par l’autre.

  3. VeroZeroSept says:

    Merci pour cet article Zelda, il me fait réfléchir :) (et pour une fois sortir de ma réserve)

    Plein de bonheur dans vos projets.

  4. J’ai aussi l’impression que nous travaillons aussi tous les deux à un projet de vie commun, avec des rôles inversés par rapport aux vôtres. J’ai mis un peu de temps à faire ce choix, ayant été élevée dans l’idée qu’être financièrement indépendante était précieux et ayant beaucoup apprécié ma vie professionnelle, et cela n’a pas été simple pour mon mari non plus. Comme tu le dis, si l’un des deux sort du projet, celui-ci n’est plus viable… pour celui ou celle qui a conservé une activité salariée, les choses sont a priori plus simples, mais pour l’autre, cela peut être compliqué, le retour au monde professionnel peut être délicat, la retraite réduite du fait de l’absence prolongée de cotisations, etc…

    • La bouseuse says:

      Tout à fait, on est conscient des risques, et on ne dit pas avoir trouvé la solution miracle. D’ailleurs on aimerait aller vers un mi-temps chacun.
      Cela dit, pour la retraite, je suis persuadée qu’on va s’asseoir dessus ….

  5. Anne says:

    Non, ça n’est pas une raison. Ca n’est jamais une raison, ni pour ça, ni pour aucun des projets qu’on peut mener en couple !

    Alors longue vie à tous vos projets, avant tout. Et avec le souhait de les vivre dans votre belle harmonie.

  6. mowglinomade says:

    Effectivement je rigole, d’autant que c’est quand je sussure a mon homme que je SAIS qu’il voudrait bien s’arrêter 6 mois/1 ans pour aller amener leur goûter à ses enfants a la sortie de l’école, leur donner un bain, et construire des chateaux en lego, qu’il me repond qu’il ne PEUT pas s’arrêter de bosser (parce qu’il est un homme, sous entendu), que le lui repond: « t’es vraiment un gros macho dans un milieu de gros macho »

    Et deuxièmement: dans notre couple, l’organisation est étrange. les projets de vie sont distinct six mois par ans, durant lesquels il vit sa vie, plongé dans une/des culture(s) que je ne connais pas, à vivre des choses qu’il ne raconte pas toujours, pas pleinement en tout cas. De même pour moi, et jusqu’ici mes propres expatriations se financent largement sur le salaire qu’on me donne à cette occasion. Et puis nous rentrons vivre ensemble. Et bien, même dans ce cas particulier, ça ne me viendrait pas à l’idée d’argumenter, encore moi de revendiquer, que nous sommes indépendants l’un de l’autre. C’est par définition antinomique à l’idée de couple! Parce que, au fond, comme pour les commentaires précédents, tout se détermine bien à deux! C’est un tel challenge d’essayer ne serait-ce que de vivre ensemble géographiquement pour bien des couples. Donc nous prenons nos décisions professionnelles chacun pour préserver ces 6 mois de vie commune, ce qui me conduit a rejeter 99% des offres sur lesquelles je pourrais postuler, il serait naturel que son salaire finance mes activités pendant son absence quitte à ce qu’il fasse une croix sur ses loisirs, et dans le cas d’une éventuelle reconversion, ce serait moi qui ferait bouillir la marmite à plein temps, mais il devrait alors prendre en charge plus d’occupations domestiques. Je ne peux pas penser à un seul ensemble de personnes (deux ou plus) qui essaient de vivre en couple/ famille, tout en restant « independant. »

    Mais je connais, j’ai peut-être même été, cette jeune femme indépendante au sens ou j’en avais vu, des couples « déséquilibrés, » dont la dependance de l’homme a sa femme est largement dans le domaine du non dit, du nié. Et à 20 ans, j’ai peut-être affirmé très fort, un peu caricaturalement, mon désir d’indépendance. Mais j’aurais déjà été admirative d’une homme qui affirme vouloir cultiver son potager avec un bébé attaché dans le dos….

  7. mowglinomade says:

    Malgré les fautes de syntaxes, les mots manquants, et les fautes d’ortografe, j’espère que c’est un peu compréhensible quand même. Toutes mes excuses.

  8. mowglinomade says:

    Dernière chose sur cette notion de « viabilité » qui a été beaucoup reprise dans les commentaires. Je ne saurais dire si nos projets (de boulot, de vie, d’éthique, d’éducation) sont « viables » si l’un quitte le navire, mais j’emploierai volontiers la notion de « sens ». Si notre noyau se dissout, nos projets, les décisions successives qui nous ont conduit là ou nous en sommes, n’ont pas de sens, pas de signification. Considérés un à un, repris par l’un de nous sans l’autre, ces projets seraient absurdes. Comme tu le dis, ils « n’auraient plus de raison d’être. »

    PS: je ne te connais pas « en vrai », mais je te représente tout à fait en princesse… avec ta belle et longue robe rouge, et ton bouquet de fleurs des champs.

    • La bouseuse says:

      C’est tout à fait compréhensible Mowgli et je t’en remercie !

      Je te rejoins sur la question du sens … et sur le danger des non-dit et du nié. Et je comprends la position de ces très jeunes femmes sur l’indépendance. Je ne la partage pas, mais elle se tient.

  9. Mema says:

    il y a autant de projet de vie , de dépendance à l’autre, qu’il y a de couple… Pour ma part, je ne m’étais jamais posé la question jusqu’à la lecture de ton post.

    Après réflexion, il s’avère que mon travail subventionne l’activité de mon mari, et que c’est comme cela depuis le début de l’aventure; Bon. Cela ne me dérange pas plus que cela… même si ici, c’est moi qui travaille avec un bébé attaché dans le dos + 2 GRAND bébé… (peut être bien que je me suis faite avoir en définitive ;-) )

    C’est un projet de couple, un projet de vie pour une vie de famille. Alors c’est vraie que lorsque les fins de mois sont très difficiles et que les prévisionnels ne laisse pas envisager d’éclairci, il y a parfois de l’amertume et du découragement. Mais je peux t’assurer que jamais, dans ces moments difficiles, il nous est arrivé d’analyser qui était dépendant de qui, et qui exploité l’autre.

    Et le comble dans tout cela, c’est que nous nous sentons plus que jamais libres et indépendants. si on fait l’analyse individuelle ce n’est pas forcément le cas, ni pour l’un, ni pour l’autre, mais à deux, en couple, nous le sommes.

    De tout tes blogs que j’ai pu lire, celui ci est le plus abouti. Et ce post là, ma chère, je le met sur le haut de la pile. Bonne continuation dans votre chemin de vie…

    • La bouseuse says:

      Libre et indépendant en tant que couple, davantage que chacun de son côté, ça me parle …

      Et merci pour le compliment qui me va droit au cœur même s’il me surprend ! (Je trouvais les émois beaucoup mieux écrits)

  10. Mia says:

    Intéressant ce billet mais tout plein de sentiments contradictoires…
    - de la joie pour vous, ce projet commun, cette passion autour d’une idée qui devient réalité, ce courage de mettre en pratique un rêve…
    - de la méfiance sur cette « dépendance »… Imaginons que cette situation perdure très longtemps… que finalement la princesse parte du château… Le Chapeauté se retrouverait un peu dans la mouise, plus vieux, seul et sans « année de cotisation quelconque »… Tableau noir et pessimiste ? Oui mais malheureusement possible…
    Y’a peut-être des « incohérences » dans ce paragraphe par rapport à votre « vraie vie » mais c’est l’idée que si un projet commun « magnifique à deux » foire, l’un peut être très lésé… L’expérience malheureuse qui parle (pas pour moi)… D’où cette méfiance qui côtoie l’espoir, l’optimisme et la foi qui s’accrochent tout de même chez moi…

    Et cette résonance d’incompréhension des Autres. Dans notre couple cette fois-ci. C’est la « femme » qui est mutée, c’est l »homme » qui suit… C’est l’homme qui va peut-être changer de travail pour ne pas revivre loin l’un de l’autre. C’est la femme qui impulse encore le changement, comme il y a quelques années… Etonnement, froncement de sourcils, incrédulité, haussement de sourcils…

  11. Lebouseux says:

    @mia

    je vais peut etre cotiser comme agriculteur, formateur, etc

  12. La bouseuse says:

    Coucou Mia !

    Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le risque « à terme ». Comme je l’ai dit plus haut (mais pas dans le billet), ce n’est pas une solution miracle ni une situation idéale.
    Cela dit, je crois que vu l’évolution des politiques sociales en France, nous serions mal inspirés de compter sur elles quoi qu’il en soit …
    On se dit aussi que la relation, ça se travaille. Qu’on ne s’aimera peut-être pas toujours mais qu’on ne laissera pas l’autre dans la mouise.
    Que cette période où je suis salariée à plein temps et le Chapeauté ne cotise pas du tout n’aura qu’un temps.

    Bref, tout est en évolution constante !

  13. Lizly says:

    Si on avait les moyens, Celuiquej’aime, il se verrait bien père au foyer. Et je suis certaine qu’il assurerait. Et je ne vois pas en quoi c’est macho. Ce serait même plutôt le contraire. Rah mais non, qu’est-ce que je raconte, ce n’est ni macho ni rien, c’est… ben un choix de vie.
    Puis dans un couple, si on ne parie pas sur un avenir commun, ça sert à quoi de rester ensemble ?

  14. Lyjazz says:

    Bah, la vie de couple est déjà un travail d’équilibriste, alors c’est normal que du point de vue des finances de l’équipe il y ait des changements selon les années !
    Je ne vois ça que comme ça. Moi qui ai toujours été, au fond, dépendante financièrement de celui avec qui je partage la vie.
    Macho, pas macho. C’est une histoire d’éducation… un homme qui a toujours pensé qu’il devait s’occuper de l’entretien de la voiture, de ramener des sous au foyer, et de changer les ampoules, de mettre des étagères et de peindre les volets, commence à relativiser quand il se retrouve à repasser, baigner les enfants, pendant que sa compagne scie sur le balcon, va acheter les pièces auto au garage et monte les meubles après avoir acheté son outillage.
    C’est dans le regard des autres (sous entendu : ceux qui pensent que la répartition des tâches dans les couples est immuable) qu’il faut que ça change… aussi ! Des collègues interloqués, du magasinier auto, etc. Heureusement que chez Casto il y a de plus en plus de femmes !

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