Alors ?
Alors c’est doux et merveilleux.
Parfois.
Alors c’est harassant, alors c’est épuisant, alors c’est la chose la plus difficile que j’ai faite de ma vie.
Souvent.
Entremêlés, le plus grand miracle et la banalité la plus plate. Un nouvel être au monde, qui n’existait pas et qui maintenant existe, et grandit sous nos yeux, quel mystère, quelle chance incroyable. Et aussi : les couches à changer, le linge à laver, les rots à traquer, le lait à tirer, les biberons à laver, le ménage à faire.
Ces secondes hors du temps : le premier sourire, les gazouillis, le moment où on la voit comprendre que c’est son poing à elle et qu’elle peut le faire bouger, les bouffées d’amour qui mettent les larmes aux yeux.
Et le quotidien tellement présent, tellement envahissant. La difficulté de trouver une pensée à soi au milieu des automatismes laver-ranger-manger-changer-dormir …La difficulté, la douleur sont là, non dans les tâches en elles-mêmes, mais dans leur manière de phagocyter la pensée. ( Lire La femme gelée d’Annie Ernaux)
Ne pas être que parent. penser à l’autre, à soi, aux amis, aux élections, au travail. Un peu. Quand on peut.
Rire de sa naïveté d’avant, quand on croyait que les parents débordés ne connaissaient pas l’écharpe, le cododo, l’allaitement à la demande.
Se demander quand on trouvera le temps d’écrire, pour de bon. Se rappeler qu’avant, l’absence d’un enfant prenait toute la place.
Ne rien regretter.
(Je crois que je ne vous parlerai pas beaucoup d’elle.)