La vie à la campagne pour les nuls

La bouseuse


Alors ?

Alors c’est doux et merveilleux.

Parfois.

Alors c’est harassant, alors c’est épuisant, alors c’est la chose la plus difficile que j’ai faite de ma vie.

Souvent.

Entremêlés, le plus grand miracle et la banalité la plus plate. Un nouvel être au monde, qui n’existait pas et qui maintenant existe, et grandit sous nos yeux, quel mystère, quelle chance incroyable. Et aussi : les couches à changer, le linge à laver, les rots à traquer, le lait à tirer, les biberons à laver, le ménage à faire.

Ces secondes hors du temps : le premier sourire, les gazouillis, le moment où on la voit comprendre que c’est son poing à elle et qu’elle peut le faire bouger, les bouffées d’amour qui mettent les larmes aux yeux.

Et le quotidien tellement présent, tellement envahissant. La difficulté de trouver une pensée à soi au milieu des automatismes laver-ranger-manger-changer-dormir …La difficulté, la douleur sont là, non dans les tâches en elles-mêmes, mais dans leur manière de phagocyter la pensée. ( Lire La femme gelée d’Annie Ernaux)

Ne pas être que parent. penser à l’autre, à soi, aux amis, aux élections, au travail. Un peu. Quand on peut.

Rire de sa naïveté d’avant, quand on croyait que les parents débordés ne connaissaient pas l’écharpe, le cododo, l’allaitement à la demande.

Se demander quand on trouvera le temps d’écrire, pour de bon. Se rappeler qu’avant, l’absence d’un enfant prenait toute la place.

Ne rien regretter.

 

(Je crois que je ne vous parlerai pas beaucoup d’elle.)

Aujourd’hui tentative de liberté

J’ai longtemps eu ce fantasme un peu puéril de partir et de tout recommencer à zéro, loin, où personne ne me connaîtrait, peut-être même sous un faux nom. Là-bas j’aurais de ne faire aucun faux pas, de me réinventer à partir de rien. Je ne serais plus frileuse ni peureuse, mon rire serait cristallin, et accessoirement personne ne saurait que j’ai entretenu une passion coupable pour MC Solaar à 13 ans. Pas d’attache, pas de passé, l’infini des possibles.

Avoir un enfant c’est aussi renoncer totalement à cette illusion. Si la vie me fait la gueule, si mon boulot m’emmerde, si le Chapeauté me déçoit, je ne peux pas plus imaginer claquer la porte, à cause de ou grâce à ce petit être qui nous relie, pour de bon. Non qu’on ne puisse se séparer quand on est parents, mais on est tenus d’essayer de garder une relation pas trop pourrie.

Et même si je coupais toutes ces attaches, il en resterait une, celle qui me lie à la belette.

Heureusement, ma vie me plaît, mon boulot ne me déplaît pas, le Chapeauté est un écureuilà l’oeil de lynx (si t’as pas compris tu ne peux guère deviner), et j’aime fort la belette.

Heureusement.

 

J’ai découvert les 366 réels à prise rapide de Raymond Queneau grâce à Lyjazz.  Il s’agit d’écrire quelques lignes par jour, tous les jours, en commençant par une expression (répertoriée dans un calendrier perpétuel).

Aujourd’hui surprise (fiction)

Surprends-moi, la vie. Montre-moi ce qui palpite, ce qui est tendre, ce qui remue encore dans tout ce gris.

Mon quotidien m’exaspère, si même le mot n’est pas trop fort pour ces émotions ternes qui sont tout ce que je ressens. Ma routine bien huilée, le réveil chaque jour à 6h sauf le dimanche, me doucher prendre un café enfiler les habits posés la veille sur la chaise me maquiller enfiler mes chaussures prendre mon sac démarrer la voiture ; et une heure et demie plus tard, passer la porte de bureau. Au travail comme en-dehors, les mêmes gestes, les mêmes pensées étouffées par les mêmes automatismes, le moindre rouage parfaitement en place, parfaitement mortifère. Rentrer par le même chemin, me faire à manger sans appétit, la vaisselle, un film. Espérer le week-end comme la promesse d’un renouveau, il s’y passera quelque chose, forcément, je saurai enfin changer, trouver quelque chose qui vaillle la peine d’être sauvé, d’être vécu. Et puis finalement rien, les siestes qui ne reposent pas, la télé, la lessive et téléphoner aux parents.

Surprends-moi, la vie.

 

J’ai découvert les 366 réels à prise rapide de Raymond Queneau grâce à Lyjazz.  Il s’agit d’écrire quelques lignes par jour, tous les jours, en commençant par une expression (répertoriée dans un calendrier perpétuel).

Je crois que j’ai triché avec cette fiction. mais pour être honnête, ma vie ressemblait pas mal à ça il y a quelques années.